Km 9 965
Lundi 22 octobre
Encore un jour où nous ne ferons pas la grace matinée ! 7h 30, 23°C, chaussures de marche, écran total, chapeau, eau, jumelles, appareil photo, fruits secs, nous sommes partis pour Mamukala (ma mou car lar). A à peine 200 m de la route, une plate-forme aménagée nous permet de découvrir le paradis des oiseaux. Le wetland (zone humide) est immense, hérissé de nénuphars géants roses et, des milliers d'oiseaux, parce que nous sommes là, tout à coup s'arrêtent, aux aguets, puis à nouveau laissent libre cours à leurs instincts.
Nous restons là, béats, à les admirer avant de penser à les photographier ou à les filmer. La saisons des pluies est imminente, les flux de migrations nombreux. C'est impressionant !
Une promenade de 3 km est proposée aux plus courageux et TitouTitoune, vous les connaissez... De nombreux panneaux incitent à la prudence (chaleur, crocos...) et affichent le prix de l'amende si on s'éloigne du chemin.
Ici, des bourgeons hésitent encore à s'ouvrir : elles viennent ou non ces pluies ? Il est vrai que d'autres plus pressés retrouvent leurs fleurs à terre. Toutes les plantes ici suppriment leurs feuilles du bas vers le haut en les faisant sécher. Il faut économiser l'eau. Celles qui restent sont vertes mais pantelantes. On perçoit bien cette résistance à la sécheresse et on se surprend à désirer la pluie pour que cesse cette souffrance silencieuse et héroïque. Titou disait : "il faut qu'on ait quitté le nord avant le 15 pour éviter les cyclones". Et la vérité vous prend en pleine face. Le problème ce n'est pas les cyclones attendus par tous, c'est l'homme (blanc) qui ici n'est pas à sa place.
Nous progressons... Un vrombissement dans le lointain enfle doucement. On dirait un essaim d'abeilles. Doit-on continuer ? TitouTitoune vous les connaissez... Celà vient du wetland. Il doit y avoir des gros insectes qui se déplacent dans notre direction. Pourtant on ne voit rien et la rumeur augmente encore et tout d'un coup on comprend. Comme des commères, les milliers d'oies qui sont sur le lac doivent se raconter leur voyage et il y a tellement de "coin coin" qu'on entend plus qu'un seul "oin".
La cheleur est de plus en plus forte. Une toile d'araignée immense en 3D floute une grande partie d'un arbre. On photographie au téléobjectif mais on n'ira pas voir.
Sur le chemin du retour, comme toujours, on ouvre grand les yeux. On scrute devant, derrière, en haut, en bas, à droite, à gauche et pourtant ce gros kangourou (plus grand que Titou), qui démarre à moins de 5m de nous, on ne l'avait pas vu. Le temps qu'on réalise, il s'était déjà éloigné d'une centaine de mètres en quelques bonds. Pas étonnant qu'ils se fassent écraser s'ils surgissent devant les véhicules à une telle vitesse !
Nous arrivons à Jabiru pour retenir notre place au camping. Une femme policier nous sourit en nous saluant d'un geste de la main. Les aborigènes sont nombreux et ne lèvent même pas les yeux à notre passage. Nous faisons quelques courses. J'en profite pour voir si j'ai du réseau. Oui. Je lis mes mails avec fébrilité... Olivier ne pourra rien pour nous. Le plus surprenant c'est que internet fonctionne toujours !!!
L'après-midi, nous allons à Ubirr, haut lieu des arts et traditions aborigènes. Nous arrivons entre deux cars de touristes accompagnés d'un guide. A l'entrée, un ranger aborigène détient une trousse de secours. Des panneaux préviennent des risques d'atteintes cardiaques dues à la chaleur.
Les gens passent, indifférents au ranger qui le leur rend bien mais Titoune, vous la connaissez...Elle dit "bonjour".
Les oeuvres peintes à même le rock dépassent tout ce que nous pouvions imaginer. La peinture est de l'ocre mélangée avec du sang animal. Elle raconte la vie de tous les jours, les croyances, la famille, l'environnement. Avec le temps la tradition veut que les plus récentes recouvrent souvent les plus anciennes. C'est une autre histoire qui s'écrit.
Ensuite, nous montons sur le rocher et de là, la vue valait la peine de tanspirer à grosses gouttes... il fait de plus en plus chaud et de plus, la roche renvoie la chaleur. Nous buvons de l'eau chaude. Les guides conduisent les touristes à une seule fresque devant laquelle il disserte puis après avoir gravi le rocher, tout le monde repart. Nous, nous avons fait le kilomètre en plus pour voir toutes les peintures, les avons toutes photographiées.
Au retour, nous repassons devant le ranger. Je lui demande s'il sait où nous pourrions voir des crocodiles par ici. Il sait et nous indique le chemin. Je le remercie, nous faisons 5 m et il nous rappelle : "est-ce que vous avez aimé ce que vous avez vu ?" Je lui réponds : "nous sommes touchés par cette magnificence. Ces oeuvres sont si belles qu'elles inspirent le respect. Nous sommes très heureux d'avoir passé ce moment là.". Ce monsieur a un geste que je ne suis pas près d'oublier. Il lève le pouce poing fermé vers nous et nous montre toutes ses dents blanches.
Nous allons à la rivière aux crocos. Ils remontent en même temps que la marée dans un estuaire qui n'en finit pas de se digiter dans les terres. Il y a toujours ces panneaux qui nous disent de ne pas s'aventurer sur les berges mais TitouTitoune...On attend. Titou à l'appareil photo, Titoune les jumelles. Il y a un peu partout des grands remous, des poissons qui sautent et puis...mais regardez plutôt les photos et les films...
Et... Un petit cadeau...
